Tu as un projet de code, il est sur GitHub, et c'est très bien comme ça. Mais depuis que l'IA génère des contributions automatiques à la chaîne, les mainteneurs croulent sous le spam : pull requests bidon, issues creuses, compteurs gonflés. Et pendant ce temps, ton code dort sur des serveurs américains, soumis au droit des États-Unis.
Un développeur néerlandais nommé Peter Ullrich en a eu assez, et il a construit Pushin.eu : une forge Git hébergée à 100 % en Europe, sur des serveurs français de Scaleway à Paris. Pas d'IA imposée, pas de code utilisé pour entraîner des modèles, pas de kill-switch américain. Le projet a débarqué sur Hacker News ce week-end et ça a fait réagir : plus de 340 points et 150 commentaires en quelques heures.
Je creuse le sujet depuis ce matin, et voilà ce que j'ai trouvé.
C'est quoi Pushin.eu, au juste
Pushin.eu, c'est une plateforme d'hébergement Git, le système qui stocke ton code et son historique. Dans la famille, tu connais GitHub, GitLab ou Codeberg. Pushin.eu se positionne sur un créneau précis : tout ce qui touche à ton code reste en Europe, et donc sous le RGPD, la loi européenne sur la protection des données.
Le site l'assume comme un manifeste en cinq points. Tes dépôts ne quittent jamais l'Union européenne, donc aucune injonction du CLOUD Act, la loi américaine qui permet aux autorités d'exiger l'accès aux données hébergées chez un fournisseur américain. Le service bloque les contributions automatiques de mauvaise qualité, celles qui noient les mainteneurs sous des PR sans intérêt. Il ne s'appuie que sur la disponibilité, pas sur des fonctions IA spectaculaires. Et il ne s'entraîne jamais sur ton code, ni directement ni via un partenaire.

Capture : la section des cinq valeurs, sur le site officiel de Pushin.eu
Derrière ce combat, il y a un développeur solo qui bootstrappe son projet sans capital-risque. Il bosse dessus depuis avril 2026, avec son labrador Bella comme unique collègue. Le service est en bêta sur invitation, avec une ouverture générale visée début 2027.
Sous le capot, du solide
La technique est plus sérieuse que le côté « solo dev » pourrait le laisser croire. Le service tourne en Elixir avec Phoenix et LiveView, deux briques reconnues pour tenir la charge. La partie Git est écrite en Rust, avec la bibliothèque gitoxide, et le stockage des dépôts part dans des buckets compatibles S3 plutôt que sur des disques classiques. C'est exactement l'approche de Tangled, un autre projet de forge décentralisée, avec un concept de stockage différent.
Les serveurs sont des machines bare-metal chez Scaleway, un hébergeur français, dans ses datacenters parisiens. Pas de basculement possible vers une région américaine, donc pas de surface d'exposition au CLOUD Act. L'import depuis GitHub se fait avec une ligne de commande nommée pun, qui transfère l'historique complet, les labels, les issues et les pull requests fermées, depuis ta propre machine pour que ton jeton GitHub ne quitte jamais ton ordi.

Capture : la page d'accueil officielle de Pushin.eu
Côté compatibilité, tu pushes en SSH ou en HTTPS avec un jeton d'accès, exactement comme aujourd'hui. Une API REST à l'adresse /api/v1 reprend les formats de requêtes et de réponses de GitHub, donc la plupart de tes scripts fonctionnent en changeant juste l'URL. Tu peux aussi sécuriser ton compte avec un mot de passe à usage unique ou une clé d'accès biométrique, ce qu'on appelle une passkey.
Les limites : bêta fermée et équipe d'une personne
L'inscription est fermée pour l'instant. Chaque membre reçoit un nombre limité de codes d'invitation, et il en faut un pour créer un compte. Tu peux explorer les dépôts publics sans compte, et le fondateur prévoit un salon de discussion pour suivre l'actualité du projet.
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Et puis il faut être honnête sur le risque : une entreprise d'une personne, ça veut dire qu'un imprévu, une maladie ou un changement de vie peut arrêter le service. C'est la critique qui est revenue le plus souvent dans la discussion Hacker News. Le fondateur en est conscient et vise d'abord la stabilité, mais rien ne remplace aujourd'hui l'écosystème GitHub, avec ses intégrations, ses automatisations et son effet réseau.
Les prix ne sont pas fixés non plus. Le site annonce des abonnements pour les particuliers et les équipes, à des tarifs comparables à GitHub et GitLab, mais le détail viendra plus tard. Un système de réputation pour filtrer les contributions automatiques, inspiré de Tangled, est encore sur la feuille de route.
Pourquoi ça compte pour nous
La souveraineté numérique, c'est ce moment où tu réalises que ton code, tes docs et tes archives reposent sur une infrastructure qui peut te lâcher du jour au lendemain, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la technique. Un géant américain peut fusionner deux produits, fermer un service gratuit, ou céder à la pression politique. Ça s'est vu maintes fois, et on en parlait ce matin même avec la décision d'Ubisoft de couper son jeu des machines Linux.
La décision d'Ubisoft contre Linux, décortiquée ce matin
Pushin.eu ne va pas renverser GitHub demain, et il ne le prétend pas. Mais il ajoute une brique de plus à l'écosystème européen, aux côtés de Codeberg, la forge associative allemande, ou de Nextcloud pour le cloud. Le fondateur le résume bien : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit brique par brique. Pour un usage perso, un projet open source sensible, ou les données d'une petite équipe européenne, l'option mérite d'être suivie.
Alors, on saute le pas ?
Pas tout de suite, sauf si tu obtiens une invitation. La bêta est réservée, la facturation n'existe pas encore, et la disponibilité générale est annoncée pour début 2027. Mais si le sujet te parle, garde l'adresse de côté, importe un dépôt en miroir pour tester sans rien quitter, et surveille la suite. Le marché des forges Git a rarement été aussi vivant, et c'est plutôt une bonne nouvelle pour tout le monde.
Sources
Le site officiel de Pushin.eu, avec le manifeste, la FAQ et la méthode d'import.
La discussion Hacker News, où le fondateur répond en détail sur la technique, le modèle économique et la feuille de route.
Le profil de Peter Ullrich, développeur indépendant basé à Leyde aux Pays-Bas, à l'origine du projet.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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