Le 10 septembre, Ubisoft coupe For Honor de Linux et du Steam Deck. Le motif officiel, c'est l'anti-triche : impossible, dit l'éditeur, de « déployer correctement la protection » sur cette plateforme. Les joueurs qui ont acheté le jeu, parfois il y a neuf ans, se retrouvent dehors du jour au lendemain. Et personne ne leur rend leur argent.
Ce qui me frappe, ce n'est pas la décision en elle-même. C'est qui la prend. Ubisoft, c'est le fleuron français du jeu vidéo, celui que nos ministres citent quand ils parlent de « souveraineté numérique » et de « champions européens ». Le même Ubisoft qui, quand il s'agit de Linux, se comporte exactement comme les géants américains qu'on accuse de tout verrouiller.
La souveraineté, un mot qui ne pèse pas lourd face à un anti-triche
On nous serine depuis des années que l'Europe doit reprendre la main sur sa tech, que nos données ne doivent pas dormir chez les Américains, que le logiciel libre est un pilier de notre indépendance. Et c'est vrai, en partie. Mais regarde ce que fait le champion national dès qu'il a un prétexte : il ferme une plateforme ouverte au nom de la sécurité, sans débat, sans recours, sans compensation.
Linux, c'est l'anti-thèse de l'écosystème fermé. C'est le système que tu peux inspecter, modifier, réparer toi-même. C'est le dernier rempart contre le « tu possèdes rien et tu seras heureux ». Et c'est précisément pour ça qu'Ubisoft le jette dehors : parce qu'il ne peut pas y imposer son contrôle total.
L'anti-triche, l'éternel prétexte
L'argument de la triche, on l'a déjà entendu cent fois. Battlefield, Apex Legends, GTA V : à chaque fois, l'anti-triche sert d'excuse pour couper Linux. À chaque fois, on nous promet que c'est temporaire, qu'on « étudie des solutions ». Et à chaque fois, la plateforme ne rouvre jamais.
Le vrai problème, c'est que l'anti-triche moderne est devenu un outil de contrôle, pas de protection. Il tourne en permanence, il scanne ta machine, il décide ce que tu as le droit de faire. Sur Linux, ce genre de logiciel espion est difficile à imposer, parce que l'utilisateur garde le contrôle. Alors plutôt que d'adapter leur outil, les éditeurs préfèrent supprimer la plateforme. C'est plus simple. C'est plus rentable. Et c'est un aveu : la sécurité des joueurs n'a jamais été la priorité, c'est le contrôle qui compte.
Le joueur, ce consommateur jetable
Pense à ce que ça veut dire concrètement. Tu as acheté For Honor en 2017, tu y as passé des centaines d'heures, tu as peut-être dépensé de l'argent dans des cosmétiques. Un jour, sans que tu aies rien fait de travers, le jeu s'arrête de fonctionner sur ta machine. Tu n'as pas enfreint de règle. Tu n'as pas triché. Tu as juste choisi un système d'exploitation que l'éditeur n'aime pas.
C'est ça, la vraie leçon : dans l'industrie du jeu moderne, tu n'achètes pas un produit, tu loues une permission. Et cette permission peut être révoquée à tout moment, pour n'importe quelle raison, sans préavis. Le Steam Deck, cette console que Valve a vendue comme la liberté de jouer partout, devient un jouet cassé dès qu'un éditeur décide que ta plateforme ne lui convient plus.
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Source : Ubisoft, capture officielle du jeu For Honor.
Et le camp adverse, dans tout ça ?
Soyons honnêtes, l'éditeur n'a pas tort sur un point : Linux reste une minorité, et maintenir un anti-triche efficace dessus coûte cher pour un retour sur investissement minuscule. D'un point de vue purement comptable, couper la plateforme est rationnel. Et oui, les tricheurs existent, et oui, ils gâchent l'expérience des autres joueurs.
Mais c'est exactement là que le bât blesse. Si la décision est si rationnelle, pourquoi ne pas l'assumer franchement ? Pourquoi se cacher derrière la « sécurité des joueurs » quand il s'agit simplement de rentabilité ? Et surtout : pourquoi le joueur, qui a payé, n'a-t-il aucun droit ? Dans n'importe quel autre commerce, on t'offrirait un remboursement ou une explication. Ici, on te dit juste : dégage.
La souveraineté commence chez soi
Alors voilà mon pavé dans la mare. La souveraineté numérique, ce n'est pas un discours de ministre ni un slogan marketing. C'est la capacité concrète de choisir ton système, ton matériel, tes outils, sans qu'un éditeur puisse te les retirer d'un claquement de doigts. Et tant que les champions français se comportent comme des petits Américains dès qu'il s'agit de verrouiller une plateforme, ce discours ne vaut pas un clou.
Ubisoft a le droit de faire des choix commerciaux. Mais qu'il arrête de nous vendre du rêve sur l'indépendance européenne pendant qu'il ferme la porte à la seule plateforme qui laisse encore l'utilisateur maître chez lui. La souveraineté, ça se prouve par les actes, pas par les communiqués. Et là, l'acte, il est clair : Linux dehors, contrôle dedans.
Le 10 septembre, For Honor fermera sa porte aux joueurs Linux. Ce n'est pas une perte pour Linux, qui continuera sans lui. C'est une perte pour Ubisoft, qui vient de rappeler à tous ceux qui l'écoutaient que, quand il faut choisir entre l'ouverture et le contrôle, le champion français choisit le contrôle. La souveraineté, décidément, c'est pour les autres.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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