Sept millions de paires vendues en un an. Vingt à trente millions en production chaque année, à l'horizon de la fin de l'année. Et au milieu, une question que personne n'ose vraiment poser si les lunettes connectées filment tout, sans bruit, sans signal clair, qu'est-ce qu'il reste de l'idée de consentement ?
Avant, pour enregistrer quelqu'un, il fallait un geste visible. On sortait le téléphone, on le levait, l'autre le voyait et pouvait dire stop. C'était un frottement social utile, comme le rappelle Cooper Quintin, technologue à l'EFF : la seule résistance possible face à une caméra, c'était de la voir. Les lunettes Meta, elles, sont dessinées pour ressembler à des lunettes normales. Les amis ne remarquent rien, les passants non plus. La petite diode qui s'allume quand ça enregistre ? On peut la couvrir avec un autocollant.
Filmer sans être vu, c'est toute l'astuce
L'EFF a épluché l'application Meta AI et a trouvé du code de reconnaissance faciale capable de transformer des visages en signatures biométriques pour identifier des inconnus dans la rue. Le code était installé sur des millions de téléphones, sans être activé. Meta a dû le retirer sous la pression des journalistes de WIRED, en 48 heures. Mais le message est passé l'entreprise prépare déjà la suite. La question n'est pas de savoir si elle reviendra, mais quand.

Ce n'est pas de la dystopie : les faits sont déjà là. Des lunettes ont servi à filmer des salons de massage, des travailleuses, des clients de passage, pour en faire des vidéos vues par des millions de gens, sans consentement. L'EFF le rappelle dans son analyse de l'application Meta Ray-Ban : les images captées partent chez Meta, et chez des sous-traitants humains, pour être annotées. Rien de ce que tu filmes ne reste vraiment chez toi. C'est la même logique qui régnait avec ces fausses extensions VPN sur Chrome qu'on a évoquées récemment : le piège est conçu pour être invisible.
Source : Ars Technica — www.arstechnica.com
L'antidote des amateurs
Face à ça, l'ingéniosité populaire réplique. Des développeurs sortent des détecteurs de lunettes connectées, qui repèrent par Bluetooth les Ray-Ban Meta et les Oakley Meta dans une pièce. Une prof de lycée a acheté une appli pour vérifier que ses élèves ne filmaient pas le cours en cachette. Des applications comme Zuckoff, Nearby Glasses ou Antizuck se hissent dans les classements des stores. Les amateurs répondent par le code à ce que les géants imposent par le design.
Ce n'est pas une solution parfaite, loin de là. Les détecteurs ne savent pas toujours si les lunettes sont en train de filmer, et ils peuvent se tromper. Mais ils racontent une chose essentielle : le désir de transparence est en train de devenir un réflexe de défense, faute de loi qui oblige à signaler la caméra.
Ce que Meta prépare pour la suite
La tendance ne va pas vers la discrétion croissante, mais vers l'inverse. Le Financial Times rapportait que Meta testait des lunettes capables de filmer en continu, et surtout de le faire sans allumer la petite LED. C'est-à-dire retirer le seul signal qui permet à l'autre de savoir qu'il est enregistré. Ce n'est pas un accident de conception : c'est un choix de produit, pour que la caméra soit invisible au moment où elle agit. On l'a vu avec le procès où Meta est accusée d'avoir accroché les enfants à ses applis : quand une entreprise conçoit pour le silence, c'est rarement innocent.
On n'est pas obligé d'accepter. On peut exiger que la caméra soit toujours visible. On peut bannir ces lunettes dans les lieux où le consentement est impossible, comme les toilettes ou les vestiaires. Et on peut, surtout, faire pression sur l'économie du produit : si personne ne veut vivre entouré d'objets qui enregistrent en silence, le marché changera de courbe.
Ne pas se résigner à la caméra invisible
La vraie question n'est pas de savoir si les lunettes sont pratiques. Elles le sont. C'est de savoir si le droit de filmer l'autre sans qu'il le sache doit devenir la norme. Aujourd'hui, la réponse est non, et c'est encore possible de la faire respecter. Mais ça ne durera que si on le décide. Le jour où tout le monde portera des caméras discrètes en boucle, il sera trop tard pour demander l'accord. On est à l'instant où l'on peut encore choisir.
Sources
Ars Technica — As demand for Meta AI glasses explodes, it's harder to avoid creepy recordings — https://arstechnica.com/tech-policy/2026/08/meta-ai-glasses-may-get-creepier-and-apps-that-detect-them-arent-perfect/
EFF — Victory: Meta strips facial recognition code from smart glasses app — https://www.eff.org/deeplinks/2026/06/victory-meta-strips-facial-recognition-code-smart-glasses-app-after-public-outcry
404 Media — Meta's Ray-Ban Glasses Users Film and Harass Massage Parlor Workers — https://www.404media.co/metas-ray-ban-glasses-users-film-and-harass-massage-parlor-workers/
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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