Un script de sauvegarde tourne chez toi chaque nuit à 3 heures. Ce matin, une question toute bête : est-ce qu'il a marché ? Pour le savoir, tu te connectes en SSH, tu fouilles les logs, ou tu espères que le silence ne cache pas une panne. Ntfy propose une réponse d'une simplicité déconcertante : une seule ligne dans ton script, et ton serveur t'envoie une vraie notification sur ton téléphone, comme le ferait une application.
Derrière ce nom bizarre, ntfy est un service de notifications open source qui fonctionne par-dessus HTTP, le protocole de base du web. Le projet affiche plus de 34 000 étoiles sur GitHub, tourne sous licence Apache 2.0, et sa version 2.28.0 est sortie le 27 août 2026, une version durcie qui borne la quantité de messages qu'un même client peut rejouer d'un coup. On va d'abord le tester en cinq minutes sur le serveur public, puis héberger le nôtre pour que tes alertes ne transitent plus par personne.
Comment ça marche
Tout repose sur une seule idée : le topic. Un topic, c'est un canal nommé, un peu comme un salon de discussion. N'importe qui peut y publier en envoyant une simple requête HTTP, et tous les abonnés au canal reçoivent la notification. Pour publier depuis un terminal, curl (l'utilitaire en ligne de commande qui envoie des requêtes HTTP) suffit :
curl -d "Backup successful" ntfy.sh/mon-topic
Et côté réception ? Tu installes l'application ntfy depuis Google Play ou F-Droid (le magasin d'applications libre pour Android), tu la pointes vers le topic, et c'est tout. Il existe aussi une app iPhone, une interface web intégrée au serveur et un mode notification de bureau pour Linux. Dès qu'un message arrive, il apparaît dans le panneau de notifications, avec son titre et son icône.
Tu n'es pas obligé de passer par un terminal. Le serveur embarque sa propre interface web : tu l'ouvres dans le navigateur, tu choisis un topic, tu écris ton message et tu l'envoies. Pratique pour dépanner quelqu'un à distance ou pour envoyer un rappel depuis un PC où rien n'est installé. L'application Android sait aussi publier, depuis son propre écran ou via le menu partage du système. Et sur Linux, la commande ntfy subscribe surveille un topic en continu et affiche chaque message dans les notifications du bureau, sans navigateur ouvert. Publier et recevoir fonctionne partout, depuis à peu près tout ce qui a un écran ou une ligne de commande.

Capture : documentation officielle de ntfy.
Petite précision importante : il n'y a ni compte ni mot de passe sur ntfy. Le nom du topic joue ce rôle, et la documentation le dit elle-même : le topic est essentiellement un mot de passe. Choisis donc un nom long et impossible à deviner, surtout sur le serveur public, parce que quiconque connaît le nom peut lire et écrire dedans.
Des notifications qui ont de la gueule
Un simple texte, c'est déjà utile. Mais ntfy permet aussi de définir un titre, une priorité (de « min » à « urgent », ce qui change le comportement de la notification Android) et des tags, des mots-clés courts que l'application transforme en icônes. La documentation officielle donne cet exemple :
curl -H "Title: Unauthorized access detected" -H "Priority: urgent" -H "Tags: warning,skull" -d "Remote access to phils-laptop detected. Act right away." ntfy.sh/phil_alerts
Tu peux également joindre un fichier à un message, une photo envoyée par ta caméra de surveillance par exemple, dans la limite des tailles autorisées par le serveur. Et comme tout repose sur du HTTP, n'importe quel langage capable d'envoyer une requête peut publier : Python, PowerShell, du JavaScript, un webhook GitHub, voire une macro sur un routeur. Pas de client sous la main ? Un curl dans un script shell et l'affaire est réglée.

Capture : documentation officielle de ntfy.
Héberger ton propre serveur
Le serveur public rend un immense service, mais tes messages passent alors par la machine de quelqu'un d'autre. Pour un homelab sérieux, tu héberges ton propre serveur ntfy. La méthode la plus simple passe par Docker, le système qui exécute des applications dans des conteneurs isolés, et la documentation officielle fournit un fichier docker-compose.yml prêt à l'emploi. Il décrit quatre choses essentielles, à adapter chez toi :
- l'image officielle
binwiederhier/ntfy, lancée avec la commandeserve - deux volumes : un pour le cache des messages (
/var/cache/ntfy), un pour la configuration (/etc/ntfy) - le port 80 du conteneur, exposé sur ta machine
- un
healthcheck, une petite vérification périodique que le serveur répond bien
Attention, piège documenté : l'image Docker ne contient pas de fichier de configuration. Il faut créer /etc/ntfy/server.yml toi-même avant de démarrer. Le strict minimum, repris de la configuration d'exemple officielle :
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base-url: "https://ntfy.mondomaine.fr" , cache-file: "/var/cache/ntfy/cache.db" et attachment-cache-dir: "/var/cache/ntfy/attachments".
Un docker compose up -d plus tard, ton serveur tourne, interface web comprise. Dernier point avant de t'emballer : sur Android, l'application reçoit tout en direct sans passer par les serveurs Google, et c'est le grand intérêt du projet. Sur iPhone, le fonctionnement est différent, parce qu'Apple impose ses propres relais : ton serveur doit être configuré pour utiliser ntfy.sh comme réveil, le contenu des messages restant sur ta machine. Le tout est détaillé dans la documentation, section notifications iOS instantanées.
Ferme la porte : utilisateurs et jetons
Par défaut, un serveur ntfy auto-hébergé est ouvert à tout le monde. La première chose à faire est donc de verrouiller, et une option suffit : auth-default-access: "deny-all", qui interdit par défaut toute lecture et toute publication. Ensuite, tu crées des utilisateurs et tu donnes à chacun l'accès aux topics dont il a besoin.
La documentation propose même un modèle Docker Compose complet avec authentification, où les utilisateurs se déclarent directement dans l'environnement du conteneur. Côté client, on s'identifie avec un compte ou avec un jeton d'accès, un long mot de passe généré par le serveur et envoyé dans l'en-tête d'autorisation de la requête. Un scanner qui passe par là ne trouve plus rien à lire : sans compte, ton serveur est une porte blindée sans poignée.
Pour exposer tout ça proprement sur Internet, avec HTTPS et un certificat qui se renouvelle tout seul, notre tuto Caddy reste la voie la plus courte : quelques lignes de configuration et le tour est joué.
Ce que tu peux brancher dessus
Uptime Kuma, dont on parlait récemment pour surveiller tes services auto-hébergés, propose ntfy comme canal de notification natif : une panne détectée déclenche une notification push, sans service tiers ni abonnement.
Home Assistant, le hub de domotique open source, intègre ntfy comme service de notification officiel : ta maison connectée peut t'alerter par le même chemin que via les services du cloud, mais en restant dans ton réseau. Et si tu fais tourner un agent IA auto-hébergé, lui aussi peut te prévenir quand un travail se termine ou quand quelque chose cloche. Une fois le serveur en place, tout ce qui sait parler HTTP devient un émetteur.
Les limites
Ntfy n'est pas une messagerie garantie. Si ton téléphone est hors ligne au moment de l'envoi, le message attend dans le cache du serveur (12 heures par défaut, réglable) et repart à la reconnexion, mais il n'y a pas de mécanisme de remise d'entreprise derrière. Les messages ne sont pas chiffrés de bout en bout : sur ton propre serveur, derrière ton VPN, tout reste chez toi ; sur ntfy.sh, le serveur lit ce que tu envoies, comme n'importe quel service en ligne. N'y glisse donc jamais de secret. Enfin, sur Android, les notifications dépendent des optimisations de batterie du fabricant : une application gelée par le système ne peut plus rien recevoir.
Ntfy fait une seule chose et la fait remarquablement bien : transformer n'importe quel événement de ta machine en notification sur ton écran, sans intermédiaire et sans facture. Cinq minutes pour tester via ntfy.sh, une soirée tranquille pour héberger le tien. Ta sauvegarde de 3 heures ne gardera plus jamais ses secrets.
Sources
La documentation officielle de ntfy , qui couvre l'installation, la configuration et l'envoi de messages.
Les notes de la version 2.28.0 , avec le détail du durcissement anti-abus.
Le dépôt GitHub de ntfy , le code source sous licence Apache 2.0.
Le fichier server.yml d'exemple , le modèle de configuration pour ton propre serveur.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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