En juillet, le ministre des Transports Philippe Tabarot trouvait les garanties de sécurité du FSD de Tesla insuffisantes. Deux mois plus tard, deux voitures équipées du système roulent sur les routes françaises. Entre les deux, un seul événement : un appel entre Elon Musk et le ministre. Voilà comment on décide, en 2026, de ce qui peut rouler sur nos routes.
Un revirement en un coup de fil
Le 2 septembre, une visioconférence entre Elon Musk et Philippe Tabarot. Le lendemain, le ministre parle d'un « échange constructif » et annonce l'ouverture d'essais sur route. Deux véhicules équipés du FSD Supervised sont mis à disposition des autorités françaises. Rien d'autre n'a changé entre-temps : ni la technologie, ni les routes, ni les garanties. Seulement un appel. On peut légitimement se demander ce qu'un milliardaire a dit à un ministre pour que des réserves jugées fondées en juillet s'évaporent en septembre.
Ce n'est pas une question de mauvaise foi. C'est une question de méthode. Quand une position de sécurité publique se retourne en vingt-quatre heures après un entretien privé, le citoyen a le droit de savoir ce qui s'est dit. Et il n'a, pour l'instant, que le tweet poli d'un ministre.
Des chiffres que personne n'a vérifiés
Tesla défend son système avec ses propres données : 4,1 fois moins de collisions qu'en conduite manuelle, plus de 100 millions de kilomètres analysés entre avril et août. Impressionnant. Sauf que ces chiffres sortent des laboratoires de Tesla, sans validation indépendante. Le constructeur reconnaît lui-même que ses données européennes proviennent d'une flotte d'ingénieurs, pas de clients ordinaires. Et sur les petites routes, le système ferait à peine aussi bien qu'un conducteur humain.
On autorise donc des essais sur la base de statistiques que l'entreprise a produites elle-même, pour défendre son propre produit. C'est un peu comme si un élève notait sa propre copie. La nouveauté, heureusement, c'est que l'UTAC, un organisme français indépendant, va évaluer le système sans dépendre des seules données de Tesla. C'est exactement ce qu'il fallait. Mais pourquoi fallait-il un coup de fil pour y arriver ?

Photo : Tesla
Le niveau 2, ce grand malentendu
Il faut rappeler une évidence : le FSD Supervised n'est pas de la conduite autonome. C'est un niveau 2 sur l'échelle de l'autonomie, c'est-à-dire une aide à la conduite où le conducteur reste responsable et attentif à tout moment. La voiture accélère, freine, braque, mais elle ne conduit jamais seule au sens strict. Pourtant, le nom « Full Self-Driving » vend du rêve.
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Et chaque essai sur route française nourrit l'illusion que la voiture autonome est là. Elle n'y est pas. Ce qui est testé, c'est un système qui exige un humain prêt à reprendre la main, sur des routes où l'erreur humaine reste la première cause d'accident. Le marketing avance plus vite que la technique, et la France, en acceptant ces essais, lui prête sa crédibilité.
Et le débat public dans tout ça ?
Personne ne vous a demandé votre avis. Pas de consultation, pas de débat parlementaire, pas de débat citoyen sur ce qu'on autorise à rouler sur nos routes. Un appel entre deux hommes, et la décision est prise. Pendant ce temps, la France réglemente les robots livreurs, prépare un vote européen, et laisse un milliardaire américain négocier directement avec un ministre.
La souveraineté numérique, on en parle beaucoup. La souveraineté routière, apparemment, se négocie au téléphone. Et si le vote européen d'octobre suit la même logique, on n'aura pas besoin de débat : il suffira d'un bon réseau.
Oui aux essais, non à la méthode
On me dira que les essais sont justement là pour vérifier, que l'UTAC va évaluer le système indépendamment, que c'est le rôle des autorités. C'est vrai, et c'est une bonne chose. On me dira aussi que 19 400 morts sur les routes européennes en 2025, c'est inacceptable, et que toute technologie qui réduit ce chiffre mérite d'être étudiée. C'est juste.
Mais ce n'est pas une raison pour inverser une position de sécurité sur un simple coup de fil, sans débat, sans transparence sur les critères. On peut tester sans se précipiter. On peut être ouvert sans être naïf. Le FSD de Tesla mérite peut-être d'être testé. Ce qui ne mérite pas d'être accepté, c'est la méthode : un appel, un revirement, zéro débat.
La prochaine fois qu'un milliardaire voudra faire rouler quelque chose sur nos routes, j'aimerais qu'on en parle d'abord, publiquement, avant de décrocher le téléphone.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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