Ouvre ton agenda. Dix ans de rendez-vous, des anniversaires, des rappels de tous les jours, des week-ends organisés des mois à l’avance. Tout ça dort sur un serveur que tu ne contrôles pas, chez une entreprise qui monétise ton organisation personnelle. Avoue que tu n’avais jamais vraiment posé la question.
La bonne nouvelle : il existe un outil minuscule qui remet tout le monde d’accord. Il s’appelle Radicale, il est open source, et il tourne sur une petite machine à cinquante euros comme sur un gros serveur. Sa version 3.8.0 est sortie le 3 septembre 2026, et c’est le moment idéal de la découvrir.
Dans ce tutoriel, on l’installe avec Docker, on crée un premier agenda, on branche un téléphone et un ordinateur, et on regarde honnêtement ce qu’il ne sait pas faire.
C’est quoi Radicale exactement
Quand ton agenda affiche les mêmes rendez-vous sur ton téléphone, ton ordinateur et ta tablette, il discute avec un serveur. Le langage de cette conversation s’appelle CalDAV, un standard ouvert conçu pour synchroniser des calendriers. Son jumeau, CardDAV, fait exactement la même chose pour les carnets d’adresses. Un serveur qui parle ces deux langages peut donc alimenter n’importe quelle application compatible, sans qu’aucune entreprise ne s’assoie entre toi et tes données.
Radicale est précisément ce serveur. Le projet est né fin 2008 d’un simple projet d’école, et il est aujourd’hui maintenu par l’équipe française Kozea, que tu peux trouver sur GitHub. Il partage des agendas, des listes de tâches et des carnets d’adresses, et stocke tout dans de simples dossiers sur le disque, sans base de données à administrer. La version 3.8.0 peaufine le partage d’agendas par groupes, une fonctionnalité pratique en famille ou en petite équipe.
Côté fiche d’identité : licence GPLv3, environ 4 900 étoiles sur GitHub, une communauté active et un système d’extensions pour les besoins avancés. Et comme Radicale ne stocke que des fichiers, sauvegarder ton serveur revient à copier un dossier. Difficile de faire plus simple.
Installer le serveur avec Docker
Docker est un outil qui lance des applications dans des conteneurs, c’est-à-dire des boîtes isolées qui n’éparpillent pas leurs fichiers partout sur ta machine. C’est la façon la plus simple d’installer Radicale sans se battre avec Python et ses dépendances. Le projet communautaire docker-radicale fournit une image prête à l’emploi, reconstruite chaque jour avec les derniers correctifs de sécurité, disponible pour serveurs classiques et Raspberry Pi.

Source : logo officiel du dépôt tomsquest/docker-radicale.
Pour un premier essai, une seule commande lance le serveur sur ton réseau local :
docker run -d --name radicale -p 5232:5232 -v ./data:/data tomsquest/docker-radicale
Traduction : Docker télécharge l’image, démarre le serveur et le rend joignable sur le port 5232, avec les données rangées dans un dossier data créé à côté de la commande. Ouvre l’adresse de ton serveur suivie du port 5232 dans un navigateur : si une page s’affiche, c’est gagné.
Détail qui compte : depuis la version 3.5.0, Radicale refuse toute connexion tant que l’authentification n’est pas configurée. C’est une très bonne nouvelle pour la sécurité, mais il faut donc créer des comptes. On active la méthode htpasswd, un simple fichier où chaque ligne contient un identifiant et un mot de passe chiffré. Cette commande crée le fichier et son premier utilisateur :
htpasswd -B -c config/users tonpseudo
L’option B demande le chiffrement bcrypt, le plus solide de ceux que Radicale accepte. L’outil te demande le mot de passe deux fois, puis écrit le fichier. On crée ensuite un dossier config avec un fichier de configuration à l’intérieur :
[server]hosts = 0.0.0.0:5232[auth]type = htpasswdhtpasswd_filename = /config/usershtpasswd_encryption = bcrypt[storage]filesystem_folder = /data/collections
Ces lignes disent au serveur d’écouter sur le réseau, de vérifier les identifiants dans le fichier users et de ranger les données au bon endroit. Puis on relance le conteneur avec ce dossier de configuration monté en lecture seule :
docker run -d --name radicale -p 5232:5232 -v ./data:/data -v ./config:/config:ro tomsquest/docker-radicale
Le suffixe ro signifie read only : le conteneur peut lire la configuration mais jamais la modifier. Si un jour tu veux durcir l’installation, l’image propose aussi une configuration dite de production, avec un système de fichiers entièrement en lecture seule et des privilèges réduits au minimum. Tout est détaillé dans le README du projet.
Créer ton premier agenda
Connecte-toi à la page du serveur avec ton identifiant et ton mot de passe : l’interface web intégrée accueille tes collections. Une collection, chez Radicale, c’est un agenda, un carnet d’adresses ou une liste de tâches. Clique sur le bouton vert en bas à droite, choisis le type Calendar, donne un nom, valide. Ton premier agenda est prêt.

Source : capture de la rédaction, interface web de Radicale 3.8.0, compte de démonstration créé pour l’article.
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Tu peux créer autant de collections que tu veux : un agenda familial, un agenda pour le travail, un carnet d’adresses séparé. Chaque carte affiche l’adresse de synchronisation, celle que tes applications vont utiliser. L’interface sert aussi à importer et exporter tes collections, pratique pour quitter Google Agenda sans laisser tes rendez-vous derrière toi.
Brancher ton téléphone et ton ordinateur
C’est là que la magie du standard opère : tes applications habituelles savent déjà parler CalDAV et CardDAV. Il suffit de leur donner l’adresse du serveur et tes identifiants.
Sur Android, l’application de référence s’appelle DAVx⁵. Elle est open source, disponible sur F-Droid comme sur les stores classiques. Tu entres l’adresse du serveur, tes identifiants, et elle liste tes agendas et tes carnets d’adresses en une poignée de secondes. Ensuite, l’application Calendrier et les contacts d’Android se synchronisent tous seuls.
Sur ordinateur, Thunderbird propose un simple nouveau calendrier réseau à remplir avec l’adresse du serveur. Sous GNOME, tout passe par les comptes en ligne des paramètres système : tu choisis l’option Calendar, Contacts and Files, tu entres l’URL et tes identifiants, et tes agendas apparaissent dans GNOME Calendar.
Reste le cas d’Apple : les applications calendrier et contacts d’iPhone et de macOS refusent en silence les connexions non chiffrées. Sans HTTPS sur ton serveur, la connexion échoue sans message d’erreur clair. Ce n’est pas un bug de Radicale, c’est une exigence de sécurité d’Apple. Et honnêtement, Apple a raison : on en parle juste en dessous.
Les limites de Radicale
Soyons honnêtes : Radicale est volontairement minimal. L’interface web sert à créer et gérer tes collections, pas à consulter un agenda mensuel élégant comme dans Google Calendar. Pour voir tes rendez-vous, tu passes par tes applications. Si tu rêves d’une suite complète avec fichiers, mails et notes en plus, regarde plutôt notre tutoriel Nextcloud AIO. Tu paieras en complexité ce que tu gagnes en fonctionnalités.
Deuxième point : l’accès depuis l’extérieur de ta maison. Un serveur posé chez toi doit être protégé par HTTPS, le chiffrement qui rend la connexion illisible pour un observateur mal placé. C’est indispensable pour Apple, et franchement indispensable pour tout le monde. Un reverse proxy comme Caddy fait ça en quelques minutes, et notre tutoriel Caddy t’accompagne pas à pas. L’alternative plus simple : ne joindre le serveur que depuis ton réseau local, ou passer par un VPN.
Dernier point : le partage d’agendas reste basique, même si la version 3.8.0 apporte les groupes. La gestion fine des permissions pour un grand nombre de personnes n’est pas son terrain de jeu. Pour une famille ou une petite équipe, c’est largement suffisant. Pour orchestrer les agendas de deux cents salariés, d’autres serveurs CalDAV existent, Baïkal en tête.
Alors, tu sautes le pas ?
En une soirée, tu viens d’installer un serveur de calendrier qui ne dépend d’aucune pub, d’aucun abonnement, d’aucune clause de confidentialité réécrite à la marge. Une machine minuscule, un dossier de données à copier pour la sauvegarde, et des applications que tu utilises déjà. La prochaine fois qu’un service fermera ou changera ses règles, tes rendez-vous, eux, resteront exactement où ils sont : chez toi.
Sources
Radicale, le site officiel du projet, pour télécharger le serveur et suivre les versions.
Radicale, la documentation officielle v3, avec la configuration complète du serveur et des clients.
Kozea, le dépôt GitHub de Radicale, licence GPLv3, version 3.8.0 publiée le 3 septembre 2026.
Thomas Queste, le dépôt de l’image Docker communautaire docker-radicale, avec les instructions d’installation et la configuration de production.
Bitfire Web Engineering, le site de DAVx⁵, l’application Android de synchronisation CalDAV et CardDAV.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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