224 266 visites en août. C’est le score d’une simple page de Wikipédia, « Signs of AI writing », qui recense tous les tics d’écriture des textes générés par IA. Autant dire que le sujet intéresse : les uns veulent repérer les textes fabriqués par une machine, les autres veulent faire passer leurs textes machine pour des textes d’humain.
De cette course-poursuite est né Humanizer, un projet open source qui vient de dépasser les 43 000 étoiles sur GitHub et qui pointe dans le trending du jour. Son concept tient en une phrase : un fichier de consignes, rien de plus, qui apprend à ton agent IA à réécrire ses textes pour qu’ils sonnent humains, sans changer ce qu’ils disent.
Et le plus troublant, c’est que ce projet qui fait autant parler n’est pas un logiciel. C’est du texte. On t’explique.
C’est quoi un skill ?
Un agent IA, ici, c’est un assistant capable d’agir : lire des fichiers, lancer des commandes, naviguer sur le web, écrire des articles. Claude Code, Codex, Cursor ou Hermes fonctionnent tous sur ce principe. Un skill, c’est la façon la plus simple de lui apprendre un tour : un fichier au format markdown, le format de texte structuré utilisé partout pour la documentation, qui décrit une compétence et la manière de l’appliquer. Pas de code à compiler, pas d’API à payer. L’agent lit le fichier et applique les consignes.
Humanizer est exactement ça : un skill de 30 kilooctets, l’équivalent de quelques pages de texte, qui contient 35 patterns d’écriture à chasser et des règles pour réécrire proprement. Son auteur, Siqi Chen, l’a publié sous licence MIT, la licence open source la plus permissive : tu peux l’utiliser, le modifier et le redistribuer librement, y compris dans ton travail.
Comme il n’est qu’en markdown, il fonctionne avec n’importe quel agent qui sait lire un fichier de consignes. C’est la même logique que le protocole MCP, qui branche les agents sur le monde, ou que Skills Manager, qui range les compétences dans une bibliothèque unique : l’écosystème des agents se standardise, et les bonnes idées se partagent d’un assistant à l’autre.

35 tics d’écriture documentés par Wikipédia
La source du skill, c’est la page Signs of AI writing de Wikipédia, entretenue par le WikiProject AI Cleanup, un collectif de bénévoles qui traque les textes générés par IA sur l’encyclopédie. En nettoyant des milliers d’articles, ils ont fini par documenter les tics les plus fréquents du texte machine. Humanizer a transformé cette liste en consignes exploitables.
Certains patterns sont célèbres, d’autres plus sournois. Le fameux « non pas X, mais Y », qui donne l’illusion de la nuance. Les groupes de trois, parce que l’IA adore les trios. Le chatbot qui bavarde : « Super question ! J’espère que ça t’aide ». Les adjectifs gonflés, les sources floues du genre « les experts estiment que », les punchlines forcées, les tirets cadratins en série, les emojis décoratifs et les fins positives génériques du style « l’avenir s’annonce radieux ».

Schéma : NumeriBrain, d’après le SKILL.md du projet.
Le README du projet donne un exemple complet, et c’est une masterclass. Un récit de voyage à Lisbonne passe d’un texte de brochure où tout est sublime à une voix qui a des mollets douloureux, des horaires de tram honnêtes et un avis mitigé sur le château. Mêmes faits, même itinéraire, aucune invention : juste une écriture qui a vécu.
L’installer en deux minutes
Tout part d’une commande, à taper dans un terminal, l’outil en ligne de commande de ton ordinateur :
npx skills add blader/humanizer, la méthode officielle via le catalogue skills.sh, qui gère l’installation pour toi (npx télécharge et lance l’installateur à la volée, sans rien installer au préalable).- ou à la main : tu récupères le fichier SKILL.md sur le dépôt et tu le poses dans le dossier des skills de ton agent. Chez Hermes, par exemple, c’est le dossier .hermes/skills de ta maison.
- aucune dépendance, aucun compte, aucune clé d’API : le « logiciel » est un document.
L’usage est tout aussi direct. Tu colles ton texte et tu appelles le skill, tu lui donnes le chemin d’un fichier à relire, ou tu lui fournis deux paragraphes écrits par toi pour qu’il calque son style sur le tien. La version actuelle est la 2.11.2, et le compteur du catalogue dépasse déjà 5 800 installations.
Ce que ça donne quand tu l’utilises
Le travail se fait en deux passes. D’abord une première réécriture, menée sans considérer la structure d’origine comme intouchable : les paragraphes peuvent fusionner, sauter ou se réordonner. Ensuite, l’agent relit son propre brouillon contre les 35 patterns et les affirmations du texte, critique ce qui sonne encore artificiel, puis corrige. Le README promet que l’outil « montre son travail » : tu vois la réécriture et la critique avant la version finale.
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La règle la plus importante du skill tient en une ligne : ne rien inventer. Un nom, un chiffre, une date, une citation ou une référence doit venir du texte d’origine ou de toi. Si un détail manque, il demande au lieu de broder. C’est ce qui le distingue de la plupart des humanizers commerciaux, qui réécrivent si fort qu’ils déforment les faits.
Trois modes d’entrée : du texte collé, un fichier (il ne touche que la prose, jamais le code, les données ou les liens), et l’échantillon de style. Ce dernier mode change tout : tu donnes deux paragraphes de ta plume, il adopte ton rythme, tes tics volontaires, ta ponctuation. Un texte humanisé sans échantillon sonne neutre. Avec échantillon, il sonne toi.
Chez nous, sur NumeriBrain, on roule avec un portage maison de ce skill : sa liste noire de formules sert à chaque relecture d’article, et oui, le texte que tu es en train de lire y est passé. C’est peut-être le meilleur compliment qu’on puisse lui faire.
Soyons honnêtes sur les limites. Humanizer ne rend pas un texte plus intelligent, plus juste ni mieux documenté : il enlève des signes. Un texte creux mais bien humanisé reste creux. Et pour la documentation technique, le skill choisit volontairement la neutralité : il n’ajoute pas de personnalité à un manuel de référence.

Illustration : Anuj Shrestha pour NBC News
La chasse aux détecteurs
Impossible de parler des humanizers sans parler des détecteurs d’IA. Ces outils prétendent deviner si un texte a été écrit par une machine, et ils se trompent souvent : les fausses accusations s’accumulent, en particulier contre les personnes qui n’écrivent pas en anglais natif. NBC News a raconté en janvier le quotidien d’étudiants américains accusés à tort, dont certains en viennent à écrire des fautes volontaires pour paraître humains. Le marché des humanizers grand public s’est engouffré dans la brèche, certains à une vingtaine de dollars par mois.
La course continue : Turnitin et GPTZero, deux grands noms de la détection, améliorent leurs outils pour attraper les textes passés par un humanizer. Et Nature s’est fait l’écho en juillet des inquiétudes de chercheurs face à ces outils qui effacent les traces de l’IA, notamment dans la recherche scientifique.
D’où cette spirale. « On est dans une spirale qui ne s’arrêtera jamais », résume Erin Ramirez, professeure à l’université d’État de Californie à Monterey Bay, interrogée par NBC News. Humanizer, lui, se positionne ailleurs : ce n’est pas un outil de triche, c’est un outil d’écriture. Il ne promet pas de duper un détecteur, il promet d’écrire moins comme un robot. Ce que tu en fais t’appartient.
Alors, tu passes à l’action ou pas ? Si tu écris avec un agent IA et que tes sorties sentent le rapport d’entreprise, la réponse est oui : c’est gratuit, ça s’installe en deux minutes et ça marche avec ton agent actuel. Et la chute est belle : on a passé des années à apprendre aux machines à écrire, et voilà qu’on leur apprend maintenant à écrire comme si elles ne le savaient pas.
Sources
Le dépôt GitHub de Humanizer, avec le README, le SKILL.md complet et la licence MIT.
La page Wikipédia « Signs of AI writing », source des 35 patterns, maintenue par le WikiProject AI Cleanup.
NBC News, l’enquête sur les étudiants et les humanizers dans les universités américaines (janvier 2026).
Nature, l’article sur les humanizers et l’inquiétude des chercheurs (juillet 2026).
skills.sh, la page du skill avec son compteur d’installations.
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Recherche, relecture et illustration assistées par IA. Le contenu reflète le travail éditorial de la rédaction.




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